Peraldar - le livre
Prologue à Dornolwe
J’étais seul. Entourés d’arbres qui semblaient me souhaiter la bienvenue. Accueilli par une nature prodigieusement présente, vivante et belle ! Tout dans celle-ci semblait vouloir me parler, d’ailleurs, je le savais, ils me parlaient, mais je ne comprenais pas, en homme que j’étais. La forêt et tous les animaux qui l’habitaient réussirent néanmoins par je ne sais quel prodige à provoquer en moi un sentiment de bien-être total, une plénitude jamais connue. Que j’étais bien. Et non, j’en étais certain, ce n’étais pas un rêve. Tout était réel. J’avançais, et plus j’avançais, plus je comprenais l’essence profonde de ce que voulaient me dire cette nature. Les arbres me communiquaient leur force inébranlable, les oiseaux leur gaîté, les herbes et les fleurs leur beauté, tout était emprunt d’une envie de vivre, d’une force incroyable. J’entendais que quelqu’un m’appelait, mais là aussi, la voix ne ressemblait à aucune de toutes celles que j’avais déjà entendues. Elle résonnait dans ma tête, elle était emprunte d’une douceur exquise et irrésistible. Je devais aller là où la voix m’appelait. Je ne pus distinguer si c’était une voix de femme ou d’homme, c’était plutôt un son étrange qui me disait « viens » dans un langage inconnu. Tula était le mot que j’entendais, plus que cela, je le ressentais et pour moi, il signifiait « viens ». Puis je me trouvai devant un rideau qui semblait fait d’eau, mais une eau calme, pas une cascade effrayante, non, cette eau qui tombait de je ne sais où ne faisait pas de bruit, ou si peu, comme pour ne pas déranger cette quiétude. Tula, Peraldar, Tula, la voix se faisait insistante, aimante, attirante. Il fallait que je traverse ce rideau. Ce n’était rien, cette voix était tellement rassurante, rien ne pouvait m’arriver… Je fis un pas, deux, je ne ressentis qu’une légère brise en passant l’eau. Un chant se fit entendre à mes oreilles mae govanen peraldar. Je compris ces mots comme me souhaitant la bienvenue. Je savais que tout ce que je vivais là était vrai, mais pas une seconde je ne me posai la question de ce qui m’arrivait, j’étais trop pris dans le tourbillon de bonheur et de douceur de ce lieu.
Ils s’avancèrent tout doucement, ils étaient nombreux, et beaux, je ressentis immédiatement l’irrésistible envie de les connaître, d’aller vers eux. D’eux se dégageait une sorte de halo lumineux, leur peau ressemblait à la mienne, mais beaucoup plus blanche, leur taille était sensiblement la même que celle des hommes, mais ce n’était pas des hommes.
-
Bienvenue au pays des elfes, Rudy.
L’un d’eux s’était avancé pour me parler, cette fois de vive voix. Lorsqu’il prononça ces mot, tous se mirent encore à chanter, la meilleure des chorales humaines ne leur arrivait pas à la cheville, soit dit en passant… Dans leurs chants résonnaient toujours les mêmes mots maé govanen Peraldar, Lye Mella, Aderth Edhel Edan.
-
Ce chant signifie que nous vous souhaitons la bienvenue, Semi-elfe. Nous, les elfes vous aimons, vous êtes la réunion des hommes et des elfes.
Une elfe s’était avancée. Elle tenait dans ses mains un bracelet, d’une étrange et fascinante beauté, des lettres que je ne connaissais pas avaient fait leur apparition au fur et à mesure qu’il prononçait ces mots, elles illuminaient toute la main de cette elfe.
Elle prit la parole à son tour, d’une voix chantante et cristalline :
-
Les mots que vous venez d’entendre sont inscrits sur ce lien que je tiens en ma main. Ils vous lient à nous et nous à vous.
L’autre elfe s’était encore approché de moi.
-
Tendez votre bras, cher Semi-elfe.
Ce que je fis en toute confiance. Je sentais que de toute façon une partie de moi-même ne pouvait rien leur refuser.
-
Ce lien, je le fixe à votre poignet, il sera la connexion entre vous et nous, qui permettra la transmission de nos pensées dans votre esprit. Ne cherchez pas à ôter ce lien, vous ne le pouvez, il est fixé par une formule connue seulement par les elfes.
Il me regarda intensément des ses yeux d’or :
-
N’en parlez à personne.
La majestueuse elfe s’approcha, déposa un baiser sur mon front.
-
Au revoir, Rudy. Nous nous reverrons bientôt.
Tout tourbillonna autours de moi, le sourire enchanteur de cette elfe fut ce que je vis en dernier, il perdura un moment, et tout devint noir.
Partie 1 Le Bracelet
Chap. 1 Le Bracelet
La peur était là, à mon poignet, liée viscéralement à moi. C’était un bracelet, à la fois discret et étrange, d’une beauté fabuleuse à qui le regarde de près. Mais jamais personne ne l’avait regardé de près, à part moi et probablement celui qui me l’avait mis. Je l’aimais et me sentais terrifié à chaque fois que je le voyais, je n’arrivais pas à comprendre ni même à définir ce que je ressentais face à cet objet, je ne savais qu’une chose, il était autour de mon poignet et il m’était impossible de l’enlever. Voilà, c’est tout ce que je connaissais de ce bracelet. Il m’arrivait de ne pouvoir détacher mon regard de ce lien, car c’était un lien, je le sentais tout au fond de moi. Mais à qui, à quoi me liait-il ? J’avais peur de le savoir. Il était tout simplement incroyablement beau. Ni en or, ni en argent, un métal précieux quand-même, incrusté de pierres violettes, il y en avait six, il y avait des inscriptions, dans un langage que je ne connaissais pas, c’était frustrant de ne pas savoir ce que signifiait le message que portait mon bracelet. Cela faisait bien trois-quatre mois que je l’avais, je croyais devenir fou à force de chercher à me remémorer quand est-ce-que je l’avais vu pour la première fois sur moi. Si encore je m’étais réveillé un matin avec, j’aurais pu croire qu’il s’était passé quelque chose pendant la nuit, qu’on m’avait hypnotisé pour que j’oublie qui m’avait fait ça. Mais non, je ne me souvenais pas de manière précise de cette rencontre, je savais que je l’avais sur moi depuis un certain temps. Je m’attachai à lui, jusqu’à ne plus souhaiter l’enlever, jusqu’à ce sentiment fascinant et inquiétant de me sentir très mal à l’idée qu’il ne me soit retiré un jour. La première fois que j’avais essayé de l’enlever, ça me marqua à jamais ! j’avais juste tiré dessus, sans forcer, alors je sentis une brûlure qui me fit hurler, à l’emplacement précis du bracelet, il était devenu si brûlant, que je le relâchai immédiatement alors il redevint froid, et la brûlure s’effaça, plus rien. Si je le caressais, je le touchais, rien ne se passait. Le seul moment où il me faisait du mal, c’était lorsque je voulais m’en séparer. C’était très étrange, et je n’avais pas l’habitude de ce genre de chose. Bizarrement, je n’ai jamais voulu en parler à qui que ce soit, c’était mon secret, ça ne regardait personne, je ne me croyais pas en danger. « Un jour, j’aurai une explication, je le sais, mais plus tard ce sera, mieux cela vaudra ».
Afin d’éviter toute question embarrassante à ce sujet, je portais constamment des manches longues, même avec les journées chaudes qui arrivaient, ça ne me gênait pas plus que ça et au moins, j’étais tranquille. Tranquille… Un jour j’eu une discussion avec mon meilleur ami, Dominique, sur le coup, ça m’avait gâvé, mais après coup, ce tête à tête me perturba profondément. Dominique avait l’art d’être très perspicace, surtout avec moi, il me connaissait tellement bien, ses remarques n’étaient jamais nées de rien, mais avaient toujours une part de vérité.
- Rudy, les manches longues par 40° degrés à l’ombre, c’est un genre ou tu es malade ?
- T’occupe, je suis bien comme ça.
- Je vois.
Il est resté un certain temps là, à me regarder sans rien dire. Il n’avait pas l’air de rire, il était très sérieux au contraire. Il m’a pris par les épaules pour m’obliger à le regarder, et il a planté ses yeux droit dans les miens, comme pour bien me faire comprendre que l’instant était important et que je ne devais pas, surtout pas chercher à me dérober.
- Ca fait quelques temps Rudy que tu n’es plus Rudy .
- Quoi ? Tu peux répéter, être plus clair ?
- Je ne peux pas être plus clair, ce n’est pas Rudy que j’ai en face de moi. Ces yeux là que je regarde, il n’y a pas Rudy derrière.
- Alors, il y a qui ?
- A toi de me le dire. Sa voix s’était mise à trembler un peu. Ecoute, j’ai beaucoup d’affection pour toi, tu le sais, on a toujours été comme les deux doigts de la mains tous les deux, alors, si il y a quelque chose qui ne va pas, dis le moi, je peux tout entendre, tu le sais. Mon amitié pour toi peut tout encaisser, sauf une chose : que tu ne me fasses pas confiance.
-Je ne vois pas de quoi tu parles. Je t’ai toujours fait confiance, et rien n’a changé.
Je me sentais tellement mal à ce moment là. Je ne cherchais qu’une chose, que cette discussion prenne fin.
- Rien n’a changé ? rien n’a changé ! mais Tout a changé ! TOUT, absolument TOUT ! tu comprends ? Je ne peux plus te laisser à la dérive comme ça « la panique se sentait dans ses mots, dans son regard. J’ai peur Rudy, peur pour toi, peur pour nous deux parce que notre histoire, j’y tiens !
- Eh, c’est bon, on n’est pas mariés non plus ! Si t’en a marre de mon comportement, tu vas voir ailleurs, c’est simple.
Après quoi, je partis. J’avais planté là dix ans d’amitié . Rien n’avait changé…à part le bracelet…
Je me suis retrouvé dans ma chambre, deux heures de matin, encore habillé, assis dans le noir sur mon lit, tout en caressant mon bracelet, « rien n’a changé… » si, depuis le bracelet, tout avait changé. Dominique avait raison, mais comment lui dire ? Je ne pouvais rien lui dire. Pourquoi d’ailleurs est-ce-que je ne pouvais rien lui dire ? Je ne le savais pas. Je pris alors conscience que j’étais en train d’obéir à quelqu’un d’autre qu’à moi, que je n’étais plus libre de mes pensées, de mes actes et que ce bracelet n’y était pas étranger. Je me sentis tellement mal, comme quelqu’un qui se rend compte que sa vie change et qu’il ne contrôle plus rien et surtout, que ça ne prend pas la tournure qu’il aurait aimée, bien au contraire. Et le bracelet se mit à me brûler, doucement, comme pour me faire comprendre qu’il n’aimait pas mes pensées à ce moment là. Je suis allé voir Dom, je ne savais plus où j’en étais, sans penser à l’accueil que je risquais d’avoir d’aller le retrouver, en pleine nuit, après l’avoir si sauvagement planté au moment où il cherchait à me venir en aide…
- Dominique ! tu dors ?
Qu’est-ce-qui t’arrives ? Tu ne dors pas ?
Après notre discussion, non. Je n’ai pas pu fermer l’œil
-Oh, désolé de t’avoir brusqué, mais, je ne sais plus comment faire avec toi en ce moment.
-Ne te sens pas désolé, au contraire, c’est moi qui le suis. Je t’ai mal parlé alors que tu voulais juste comprendre et m’aider. Tu as raison Dominique, rien n’est pareil depuis.
-Depuis quoi ?
Il avait bien senti quelque chose, une chose que je lui cachais depuis des mois et que j’étais sur le point de lui dire.
- Vas-y Rudy, dis moi ce qui t’a fait changer comme ça ?
Je sentais que je ne devais pas faire ça, surtout ne pas lui avouer la présence du bracelet, que ça me coûterait cher, j’avais tellement peur. Et puis, je ne comprenais pas ce qui avait tant changé en moi. Oui, je le savais que quelque chose était différent, mais je pensais avoir toujours eu le même comportement avec les autres.
- Dominique, qu’est-ce-qui a changé en moi ? Pourquoi est-ce-que tu dis que tu ne vois plus le même garçon qu’avant ?
- Comment dire…
Je voyais qu’il hésitait pour trouver les mots justes, peut-être ne voulait-il pas me blesser encore une fois, ou bien, était-ce si difficile de décrire ce qu’il m’arrivait ?
- tu t’éloignes.
- Comment ça, qu’est-ce-que tu veux dire ?
- Je veux dire que tu es souvent seul, tu nous fuies.
- N’exagérons rien quand-même, je ne suis pas devenu un sauvage !
- C’est pas ça. Tu as l’air parfois complètement déconnecté, absolument seul, à part dans ton univers.
Ces quelques paroles étaient lourdes de sens pour moi, j’eus des frissons d’horreur, il avait mis des mots sur ce que je ressentais inconsciemment sans vouloir ou pouvoir me l’avouer. Je n’étais effectivement plus du même monde. Mais où donc m’embarquait ce bracelet ? Est-ce-qu’il avait pris possession de moi, de ma personne ? Pas encore tout à fait, mais le processus était en marche, et rien ne pouvait l’arrêter puisqu’il m’était impossible de l’enlever. Et plus je pensais à tout ça, plus j’avais mal, la brûlure était de plus en plus douloureuse, je devais à tout prix penser à autre chose. Un bracelet qui prenait de plus en plus de place dans ma vie et susceptible avec ça !