peraldar - le livre 4
Partie 3 Obstacles et aides inattendues
Chap. 12 Les Elfes noirs
Est-ce que nous nous étions assoupis, je ne le sais pas, certainement, en tous les cas juste de quoi baisser notre vigilance. Et nous nous retrouvâmes les mains liées, poussés de l’avant dans une caverne, c’était les elfes noirs. Ils avaient été d’une rapidité exceptionnelle, nous n’avions rien vu venir. Nous nous sommes enfoncés dans des circonvolutions qui descendaient toujours plus dans l’antre de la terre. Il y régnait un climat oppressant, noir, froid, détestable. Ce petit voyage dura bien trop longtemps à mon goût, pas un mot ne nous était adressé, juste des brusques bourrades dans le dos si nous ralentissions un tant soit peu notre cadence. La salle où nous fûmes propulsés était immense, très peu éclairée par quelques torches accrochées aux murs, meublée très sobrement. Il y avait beaucoup de gardes et au fond, deux elfes noirs, un homme et une femme. Je n’avais jamais vu d’elfes noirs, et ma première impression fut un dégoût mêlé d’une peur irrépressible devant ces êtres à la peau noire, aux cheveux blancs, et dont les yeux rouges parachevaient leur aspect sinistre. Ce fut elle qui prit la parole, une voix rocailleuse qui résonnait et qui nous fit froid dans le dos.
- D’où nous viennent ces êtres répugnants ? Elle tournait autours de nous l’air dégoûté. Ce ne sont pas des elfes, elle s’approcha de Mirima, en tous les cas pas lui. Puis s’approchant de moi, de si près elle était encore plus effrayante, lui, il y ressemble un peu, mais… elle souleva mes cheveux, pas d’oreilles pointues, non. Puis elle souffla : Des humains ! Puis plus fort comme pour se faire entendre de tous ceux qui se trouvaient dans la salle: Des humains ! arh ! Quelle abjection ! Votre présence sur nos terres est une offense, une grave offense. Elle s’approcha à nouveau de nous et murmura avec un sourire méprisant, qui sera punie bien entendue. Mais avant votre punition, vous aurez l’extrême déplaisir de passer un moment très désagréable avec notre serviteur qui excelle dans l’art de fouiller les esprits les plus récalcitrants, ainsi nous informera-t-il des circonstances de votre présence sur nos terres, car je suppose que si je vous pose la question, vous ne me répondriez pas. Ai-je tort ? J’ouvris la bouche pour lui lancer une réponse bien cinglante, quand elle leva la main, une expression autoritaire sur le visage. Entendre le son infect de vos voix provoquerait en moi un vive contrariété. A votre place, j’éviterais. Allez, qu’on emmène ces abominations loin de ma vue, j’aviserai ce qu’on fera d’eux lorsque j’en saurai plus sur le but de leur visite chez nous.
Et ce fut tout. On nous emmena sans aucun ménagement hors de la pièce, puis hors de la caverne, pour nous conduire dans la forêt. Revenir dans cet endroit étouffant et où on ne voyait rien d’autre que ce brouillard blanc me découragea d’autant plus. Après avoir marché un temps relativement court nous franchîmes une porte et montâmes des escaliers, encore et encore, on nous emmenait tout en haut d’une tour ? Oui, c’était bien cela, dans une pièce étroite mais heureusement bien aérée, un grand trou faisant office de fenêtre, et on nous enferma là. Nous étions coincés tout en haut d’une grande tour. Un peu d’eau, du pain et des fruits secs pour tenir…Combien de temps ? Personne n’avait daigné utile de nous en informer.
- Bizarre, ils nous enferment à clé et il n’y a pas de barreaux à cet espèce de trou.
- Normal me répondit Mirima, regarde.
- Effectivement, vue d’ici, aucune tentative d’évasion possible. Les arbres étaient assez éloignés pour ne pas nous être utiles et la hauteur nous dissuadait d’entreprendre quoi que ce soit.
- T’as une idée ?
- Aucune. On ne peut rien faire. Quoique…essaie de me parler, dans ta tête je veux dire.
- Je ne vois pas pourquoi mais, bon. J’essaya et…rien. Dis-moi, tu t’entraînes à fermer ton esprit, c’est ça ? Bravo, j’ai rien pu capter.
- Mince. Non, j’étais ouvert au contraire.
- Alors quoi ? Comment ça se fait ?
- La tour doit être entourée d’un charme qui empêche ce genre de contact. Evident. Sinon, tu aurais pu appeler Re’hem.
- C’est vrai qu’on a toujours pu être en contact, même avec des grandes distances entre nous. Mais toutes les terres de ces elfes idiots ne doivent pas être entourées de ce charme ?
- Sûrement pas.
- Alors demain, on va sûrement venir nous chercher pour aller voir le « fouilleur d’esprit » je sais pas comment ils l’appellent, je pourrai alors le faire pendant le trajet.
- Espérons que ça fonctionne. Mais, oui, tu as raison, il faudra le tenter.
- Heureusement qu’ils nous ont laissé ensemble. J’aurais trouvé insupportable de me retrouver seul.
- Contrairement à ce que je t’aurais dit il y a quelques mois, moi aussi, je suis content d’être avec toi.
- Ce genre d’aventure nous change. J’apprécie qu’enfin tu brises le mur autour de toi. C’était dur de parler de quoi que ce soit avec toi plus de quelques minutes et mission impossible de te faire avouer tes émotions. C’était à croire que tu ne ressentais rien pour personne.
- Comme tu dis, ce genre d’aventure nous change. Heureusement d’ailleurs. Mange quelque chose si tu veux avoir un minimum de force et tâche de te reposer au moins un peu.
Entre le froid, et les chauves-souris, la nuit parut longue, angoissante. Je me posais tellement de questions, et je n’avais aucune réponse sur ce qui allait advenir de nous le lendemain. La perspective de souffrances n’était guère propice à la détente. Et puis Re’em et les autres me manquaient. Nous n’avions aucune idée d’où ils pouvaient bien être, quoi qu’il en soit, il fallait agir avec l’idée qu’ils continueraient et nous, notre seul but était de tout faire pour que les elfes noirs ne sachent rien de notre mission. Les paroles de Gil Galdor me revenaient à l’esprit, il fallait se méfier de ce peuple, ils tenteraient de nous séduire et nous pervertir, ils étaient aussi de grands magiciens, qui n’avaient aucun scrupule. Mon dégoût pour de telles créatures était tel que je ne voyais pas bien comment ils pourraient me séduire ! Savoir qu’auparavant ils étaient des elfes majestueux, pacifiques, c’était inimaginable. Comment en étaient-ils arrivés là ? La soif du pouvoir les avait perdus. Le désir de surpasser les autres les avait conduits sous la terre, voués à vivre dans l’obscurité, à l’image de leur cœur.
L’absence de Re’em et l’impossibilité de communiquer par la pensée me laissait seul avec mes angoisses, mes vieux démons étaient de retour. Je pensais en être débarrassé. Mirima semblait tellement détendu, de son visage ne transparaissait aucune sorte de peur ou d’accablement. Gil Galdor nous avait prévenu que nos faiblesses reviendraient en force dans les moments tels que celui-ci. Je ne devais pas céder et m’accrocher à l’espoir de jours meilleurs, y croire de toutes mes forces. Et mon côté elfique reprit le dessus, m’apportant une bienfaisante onde de sérénité. Je pus alors me détendre et me reposer. Tout n’était peut-être pas perdu.
Chap. 13 Combats de l’esprit
Ils étaient toute une armée pour nous accompagner jusqu’à leurs demeures souterraines, à croire qu’ils avaient peur de notre puissance. Mieux valait qu’ils y croient encore un temps, car en fait de puissance, nous n’en avions que peu. La peur elle, oui, s’était emparée de nous, ce n’était pas la peur de craquer, nous étions certains d’une seule chose, ils ne trouveraient pas ce qu’ils cherchaient dans notre tête, ni par la force, ni par la séduction. Par contre, qu’allaient-ils nous faire alors ? Je profitai du chemin, relativement court entre la forêt et l’entrée de la grotte pour appeler Ré’em. Je me concentrai pour trouver le contact avec elle et lui dire le plus succinctement possible ce qu’il se passait et où nous nous trouvions mais avant d’avoir pu entendre quoi que ce soit, je reçu une formidable gifle de la part d’un des elfes noirs qui nous accompagnaient.
- Tu te paies ma tête ? Tu crois que je n’ai rien entendu ? Tu n’auras pas les Drow si facilement ! Tout ce qui se passe dans ta tête passe dans la mienne, alors ta petite tentative pour contacter ta Licorne, n’y penses plus. J’ai une équipe sous mes ordres qui excellent dans l’art de la torture, physique autant que psychologique, te remettre entre leurs mains une heure ou deux ne me donnera aucun cas de conscience, bien au contraire. Nous avons l’ordre de ne pas vous tuer. Pas celui de ne pas vous faire souffrir ou de vous abîmer.
C’était très clair et je n’avais aucune idée quant à savoir si j’avais réussi à faire passer la moindre parcelle d’information.
*****
Fael était fou d’inquiétude, le groupe avait continué son chemin dans la forêt jusqu’à la sortie sans rencontrer le moindre obstacle, Ré’em était passé en tête, sa luminosité apportait une faible mais utile petite lueur que tous fixaient afin de ne pas se perdre dans ce brouillard. Ce fut seulement à la sortie de la forêt qu’ils s’aperçurent de l’absence de Calion et Mirima. Depuis quand n’étaient-ils plus avec eux, ils étaient incapable de le dire. Aucun de parvint à entrer en contact avec eux, Ré’em en était particulièrement affligée. Elle avait le sentiment culpabilisant d’avoir abandonné son ami si précieux. Elle lui avait dit qu’elle serait toujours avec lui, qu’elle le protègerait ! En matière de protection elle avait manqué à son devoir. Et maintenant il était loin d’elle, sûrement entre les mains des elfes noirs, elle n’avait aucun contact avec Calion, mais une chose était certaine, elle le sentait en danger.
- Comment se fait-il que nous puissions nous parler par l’onde entre nous et pas avec eux ? s’inquiétait Fael.
Sairon envisagea toutes les possibilités pouvant expliquer ce silence. Qu’ils soient encore dans la forêt serait une explication car elle réduit considérablement la portée de l’onde. Mais aussi, s’ils ont été capturés et qu’ils sont dans une de leurs cavernes, là, il n’y a aucune communication possible avec l’extérieur.
- Alors ?
- Alors, je ne vois pas ce que nous pouvons faire pour le moment. Nilda, quel est ton avis ? Y a-t-il quelque chose que nous puissions tenter pour leur venir en aide ?
Nilda avait sur le visage l’ombre d’une vive préoccupation, il connaissait bien les elfes noirs, trop bien pour avoir quelconque espoir.
- Je regrette mes amis. Nous devons continuer, notre but n’est pas d’arriver sur la terre des hommes tous ensemble, mais de faire passer le message. Thoron explosa littéralement.
- Mais en quoi ce foutu message a –t-il plus d’importance que la vie des Mirima et Calion ? Une licorne a été tuée, Ok, on a bien compris, c’est un acte puni de mort, bien ! Et alors ? Pourquoi risquer nos vies pour déclarer la guerre ? Excusez-moi, Ré’em et vous les « vrais » elfes, mais je ne comprends pas le bien fondé de notre mission ! Mel aldar et Sairon se plantèrent tous les deux devant Thoron, avec non pas une expression de colère sur le visage, mais d’extrême compassion. Mel aldar prit la parole le premier.
- Il est temps que nous ayons une discussion tous ensemble, Fael et Thalion, Thoron, nous devons vous confesser ne pas vous avoir dit toute la vérité sur la situation actuelle et surtout sur le but de notre expédition.
- En effet, reprit Sairon, tout ne vous a pas été révélé afin de vous protéger. Et il est bon que nos deux amis ne le sachent pas s’ils sont, comme nous le croyons, effectivement entre les mains des Drow.
- Nous avions pour devoir de ne vous l’avouer qu’une fois franchie la frontière entre les deux mondes, mais, nous reconnaissons que vous ne pouvez pas comprendre que nous devions continuer quoi qu’il advienne.
- Nous ne déclarons pas la guerre parce qu’une licorne a été tuée. C’est en fait l’inverse. Si les hommes ont tué une licorne c’est qu’ils ont l’intention de partir en guerre contre la terre des elfes. Nous devons savoir ce qu’il en est, s’ils ont commencé à organiser leurs forces et surtout, savoir s’ils se sont alliés avec les elfes noirs. Si c’est le cas, nous devrons tout faire pour défaire ces liens. Et le faire vite.
- Défaire ces liens ? Fael avait du mal à suivre.
- Nous pensons que vos dirigeants ont été en quelque sorte envoûtés par les elfes noirs qui sont des magiciens accomplis. Il n’y a aucune autre interprétation possible à leur geste, les hommes n’avaient aucune raison de nous déclarer la guerre, ils sont même sensés nous avoir oubliés. Les Drow eux, ont toutes les raisons de vouloir nous anéantir, c’est leur unique souci, être les maîtres des terres elfiques et assujettir les hommes par la même occasion. Nous devrons alors contrer leur magie et arrêter le massacre avant qu’il ne commence, car si les forces armées des hommes rejoignent la terre des elfes noirs, alors tout est fini non seulement pour les elfes, mais aussi pour les hommes, car les drow n’auront d’autre but que de vous réduire tous en esclavage, à leur service.
- Ils sont si puissants que ça ? s’enquit Fael
- Ce sont de grands mages, bien plus avancés que nous en magie. De plus ils n’utilisent pas seulement le bon côté de la magie, mais font appel à des forces obscures auxquelles nous ne voulons même pas penser, mais, croyez-moi, elles existent et sont redoutables, destructrices. Ils ont un maître sorcier. Le seul fait de l’évoquer me fait frémir. Nous en avons tous peur. Durant la dernière guerre, ils étaient eux seuls contre tous les autre peuples elfes, la guerre a durée des siècles, pourtant nous étions au moins dix fois plus nombreux qu’eux, mais ils ont été très difficiles à vaincre quand-même. Aujourd’hui, s’ils s’allient aux hommes, ils ajouteront à leur magie la force physique d’une armée innombrable, en plus, ils y a fort à parier que cette fois-ci, les orcs se joindront à eux.
- C’est effrayant et ça n’a plus grand-chose à voir avec la raison première de notre venue parmi vous, reprit Thalion. Mais il est clair qu’à la lumière de ce que vous venez de nous expliquer, nous n’avons d’autre choix que de faire ce que nous avons à faire.
Il se tourna vers Thoron et Fael .
- Vous savez pourquoi nous sommes là, pourquoi nous sommes restés parmi les elfes. Notre devoir est de remplir notre mission quoi qu’il en coûte, les sentiments ne doivent en aucun cas nous détourner de notre objectif, il en va de la paix ou de la guerre, tout repose sur nos épaules. Et puis, j’ai le sentiment que Calion et Mirima s’en sortiront.
- Effectivement, Thoron avait repris une attitude calme et déterminée, si les hommes et les elfes sont menacés, et si nous pouvons aider de quelconque manière, nous le ferons.
Sairon reprit
- Mirima et Calion ne sont pas faibles, ils savaient ce qui nous attendait ici, ils ont entendu parler de leurs ennemis et savent que la seule chose qu’ils ont à faire c’est de dissimuler le but de leur mission. Et même s’ils échouent, ne sachant pas la vérité, il n’y a aucun risque.
- Que va-t-il advenir d’eux ?
Fael ne parvenait pas à surpasser son anxiété pour son ami. Nilda le prit par les épaules et le regarda droit dans les yeux, de ses immenses prunelles vertes sortait une espèce d’enchantement qui vous plongeait dans une bienfaisante paix. Un sourire presque extatique se dessina sur le visage de Fael. Thoron qui n’aimait pas du tout ce genre de chose réagit vivement :
- Nilda, que lui as-tu fait ? Et il a raison, nous ne savons pas ce qui va leur arriver. Même si nous sommes d’accords pour les laisser et continuer, nous ne pouvons pas nous empêcher de nous faire du souci pour eux !
- Le soucis ne peut être qu’une entrave, il amoindrit nos ressources, obscurcit nos pensées nous empêchant par la sorte d’être maîtres de nous de d’utiliser toutes nos facultés, or nous ne pouvons pas nous le permettre. Le souci est une faiblesse et n’est utile en rien. Nilda s’approcha de Thoron, et prit son visage afin qu’il le regarde, je n’ai rien fait de mal à Fael, juste aidé à se détendre, veux-tu que je t’aide à surpasser ce poison de l’âme ?
- Non, ça ira. Tu as raison, parfois ma nature humaine reprend le dessus. Et de toute façon, je ne te laisserais pas faire !
Tout en disant cela, Thoron plongea son regard noir dans les yeux de Nilda et curieusement, ce fut Nilda qui baissa le regard le premier, troublé/
- Je me doute bien que j’aurais du mal s’il fallait que je t’hypnotise.
- Tu connais le moyen, renchérit Sairon, pour trouver la paix. Concentre toi sur ta nature elfique.
Tout redevint beaucoup plus simple alors. Mirima et Calion remplissaient leur mission de leur côté. Voilà tout.
*****
L’elfe noir en face de moi bouillait de fureur et moi, j’avais un mal de tête terrible mais j’exultais ! non, rien, il ne trouverait rien, aucune information, dussé-je récupérer une migraine insupportable de ce combat.
- Coriace humain. Hum, pas pour longtemps.
Sa voix était grinçante, très désagréable, en parfaite harmonie avec son physique.
- Tu finiras bien par capituler, même avec une formation intense chez les elfes gris, tu ne résisteras pas à mon traitement, j’en ai maté des plus forts que toi à ce petit jeu là. Voyons voir ton petit ami .
Mirima aussi endura des introspections forcées, les tortures psychiques ne le faisaient pas plier. Ces intrusions violentes auraient pu être insoutenables mais nous étions deux, et nous restions en communions tous les deux unissant nos forces, c’était deux contre un. Les informations que nous déversions dans l’esprit de l’autre étaient alors insaisissables pour une autre personne. Il avait beau interroger notre esprit un par un, c’était les deux qu’il affrontait à chaque fois, et ce n’était qu’une partie de notre esprit qu’il sondait sans le savoir. Cette forme de communion était très difficile à maîtriser mais indétectable aux autres. Merci Sairon ! Il avait insisté pour que nous soyons tous à un niveau excellent en cette matière, nous comprenions alors pourquoi.
Il s’arrêta, nous scruta tous les deux, il semblait avoir atteint les sommets de sa rage.
- Je vois, je vois. Impossible à sonder. Mais il y a une solution, oui…et elle me plait tout particulièrement ! Si j’en tue un, l’autre n’aura alors plus aucune aide pour me contrer…Je ne pense pas que la reine me tiendra rigueur d’un mort sur les deux, si c’est pour avoir un résultat. Bien, alors voilà, je vous propose une alternative : soit vous coopérez et vous me donnez les informations dont j’ai besoin, soit, je tue l’un de vous deux et j’aurai les informations avec celui qui restera.
Il s’approcha de moi, avec un sourire mauvais,
- Toi, tu m’énerves avec ton petit sourire satisfait, et ta beauté m’irrite prodigieusement. Tu ressembles trop à ces elfes qui nous pourrissent la vie. Un geste de ma part et tu connaîtras une longue et …très, très pénible asphyxie, tes poumons vont te brûler, ton souffle diminuer, tu chercheras de l’air, mais tu n’en trouveras plus, et cela pendant des heures si je le veux, jusqu’à ce que tu rendes ton tout dernier souffle. Ton cher ami bien-sûr assistera à ton dernier combat. Après cela, il n’aura plus le choix, il coopérera de lui-même, car voir souffrir et périr un être cher est plus que n’en peut supporter n’importe quel esprit. Mirima sera anéanti et prêt à me livrer toutes les informations que je désire.
Sur ces belles paroles, qui soit dit en passant nous laissaient effondrés, sans aucun espoir et surtout avec une décision terrible à prendre, la reine passa la porte, et s’adressa avec impatience au magicien.
- Alors, quels résultats ?
- Aucun ma reine, mais, laissez nous encore une peu de temps, et ces rats vont céder, ils y seront obligés.
- Du temps, je n’en ai plus. L’armée des hommes est prête, nous devons commencer l’assaut, mais je dois savoir si ces hommes là étaient seuls ou s’il y en a d’autres, où ils se dirigeaient et pourquoi. Je dois le savoir maintenant. Alors vas-y, fais les parler.
Il se tourna à nouveau vers moi, tendit se main sur moi, je vis trouble et un étau sembla se refermer autour de ma cage thoracique, Mirima me regarda et comprit tout de suite ce qu’il se passait.
- On va vous le dire, arrêtez.
L’elfe n’enlevait toujours pas sa main, et moi je commençais à voir des papillons partout et à comprendre pourquoi les poissons faisaient cette tête lorsqu’on les sortait de l’eau.
- Je vous ai dit d’arrêter ! je vais vous donner ce que vous voulez.
- non, mais, c’est humain, répugnant et ça me donnerait des ordres ? l’elfe avait un rictus qui lui donnait un air de profond mépris. Je n’aime pas ça ! il intensifia alors la pression et mes poumons semblèrent se consumer provoquant une douleur insupportable, n’ayant que très peu d’air, je ne pouvais même pas crier. L’elfe allégea la pression, puis cracha à Mirima :
- Tu parles d’abord et après, quand la reine sera satisfaite seulement, j’arrêterai. Compris ?
- Quelle garantie ai-je que vous ne l’achèverez pas après ?
Question qui fit bien rire l’elfe (et un rire d’elfe noir est franchement sinistre…),
- Mais aucune mon cher, aucune. Seulement, as-tu le choix ? Non, alors, vas-y, nous t’écoutons avec attention.
Mirima lui fit un exposé détaillé de ce que nous étions, pourquoi nous avions été appelés en terre des elfes et le but de notre expédition, aller porter le message aux dirigeants de notre monde, tout en cueillant le magicien au passage. L’elfe noir examinait en même temps qu’il écoutait l’esprit de Mirima afin de vérifier sa sincérité. Lorsqu’il eut finit ses explications, il y eut un bref silence puis, encore un bel éclat de rire de notre tortionnaire, qui tenait toujours sa main sur moi, je suffoquai, et paniquai, je ne trouvai plus assez d’air, chaque respiration était une torture. Mirima ne comprenait pas en quoi notre histoire provoquait l’hilarité à ce point. Reprenant son sérieux tout à coup et lâchant enfin son emprise, l’elfe reprit :
- C’est tout ?
- Oui, je vous ai tout dit.
- Tu mens ! espèce d’abject humain, tu ne nous dis pas tout, la reine était hors d’elle.
- Malheureusement si, ma reine, reprit l’elfe. Ce n’est pas lui qui ment, mais…il regarda Mirima avec une condescendance qui ne paraissait pas naturelle du tout sur une tel visage. Ce sont ses chers amis les elfes qui lui ont menti. Il ne sait même pas pourquoi il a été envoyé dans une telle expédition, il ne connaît rien de la situation. Vous ne pensiez tout de même pas que Gil Galdor et Celerathiel qui tiennent tant à vous, vous aient envoyés traverser nos terres, sachant les risques que cela comportait, simplement pour une mise en demeure de payer pour la vie d’un animal ? Peut-être n’ont-ils pas voulu vous effrayer, mes pauvres petits humains tellement peureux ! Enfin, il s’adressa alors à la reine, nous avons quelques éléments quand-même qui pourraient nous être fort utiles. Quant à vous deux, vous pourrez aussi nous être utile très prochainement.
- Ne pensez même pas une seconde que nous ferons quoi que ce soit pour vous. Nous ne nous rangerons jamais de votre côté ! J’explosais littéralement à l’entendre parler de nous comme des alliés potentiels.
- Oh, mais vous croyez que vous aurez le choix ? Comment pensez-vous que nous ayons pu convaincre vos dirigeants de s’associer avec nous ? A votre avis, ont-il d’eux-mêmes plié genoux devant nous ? N’oubliez pas à qui vous avez affaire. Notre magie dépasse tout ce que vous avez jamais pu imaginer. Et, nous excellons dans l’art de séduire et pervertir l’esprit humain ! Et alors là, l’humain est malléable à souhait, on en fait ce qu’on en veut, il avait un regard hystérique lorsqu’il nous annonça : vos dirigeants, tous, j’ai bien dit tous, nous sont assujettis, et feront bien sagement ce que nous leur demanderons. Tout comme celui qui a sauvagement tué la licorne, sous nos ordres, juste afin de mettre le feu aux poudres… Il lâcha un rire démentiel, qui nous donna la chair de poule de la tête aux pieds. Gardes ! qu’on les emmène à la tour. A très bientôt mes chers amis, notre reine vous fera appeler. En attendant, tâchez de vous remettre de vos émotions.
Chap. 14 Le sauvetage
Tous les sens alertés, Ondine se réveilla en sursaut. On avait besoin d’elle quelque part. Oui, mais qui et où ? La lumière du jour allait de toute façon laisser la place au crépuscule, elle allait devoir se préparer à sortir du bois des fées où elle vivait cachée avec les autres. Son abri dans les bois était tout proche de la mer, aussi avait-elle tissé des liens d’affection avec les peuples des mers, sirènes et elfes aquatiques. Elle servait souvent de messager d’un peuple à l’autre mais ne travaillait que la nuit. Le jour, c’était fait pour se retrouver entre fées, tranquilles dans leur bois, à papoter ou se reposer. Elle s’étira, lissa ses longues ailes de libellule et prit son envol en direction de la clairière, où aimaient se retrouver les pégases, leurs principaux alliés et grands amis. Lorsqu’elle se présenta devant eux, elle s’inclina respectueusement, comme il devait être fait devant ces êtres ailés d’une majesté sans pareil. Elle aimait les contempler, grands, immaculés, avec des ailes immenses, et les caresser, ils étaient tellement soyeux. Oui, mais là, elle n’avait pas de temps à perdre, elle sentait l’urgence. Grâcieux, l’un d’entre eux s’approcha d’elle et s’insinua sans préambule dans son esprit.
- Ondine, la terre des elfes est en danger, Gil Galdor et Celerathiel ont envoyé une délégation pour tenter de savoir. Tu sais tout cela déjà n’est-ce-pas ?
- Bien-sûr, tout le monde en parle.
- Le groupe est composé de cinq semi-elfes et trois elfes, les deux princes des elfes gris et un haut elfe. Deux des semi-elfes ont été capturés par les elfes noirs. Ils sont retenus prisonniers en haut d’une tour dans les bois sombres.
- Hum, je n’aime pas beaucoup cela. Cependant, nous devons leur venir en aide. Saurais-tu exactement situer cette tour ?
- Bien-sûr, j’étais là-bas en surveillance lorsque j’ai assisté à la capture de ces deux malheureux. Nous pouvons les faire sortir, il y a une ouverture. Tu devras venir avec nous afin de leur parler, nous ne savons pas s’ils connaissent la communication par l’onde.
- Je viendrai, sans aucun doute. Mais auparavant, le dois m’entretenir avec les elfes des mers. Eux aussi pourront aider, car, une fois les deux semi-elfes libérés, tous les elfes noirs avec leur orques seront à leurs trousse, il leur sera impossible de traverser les terres noires, ils seront immanquablement rattrapés. De plus, vous ne pouvez pas survoler les terres noires, et donc il vous sera impossible des les porter jusqu’à la frontière.
- Que préconises-tu ?
- La voie des mers, il existe une algue qui leur permettra d’effectuer le voyage sous l’eau. Une petite visite chez les elfes aquatiques ne sera certainement pas pour leur déplaire, n’est-ce-pas ? Par contre, comment ferez-vous arrivés en terres noires, le maléfice vous empêchera de voler ?
- La tour où sont enfermés les semi-elfes se situe dans la forêt et donc juste avant la frontière, or le sortilège n’est effectif qu’après la frontière. Tu devras toi, aller chercher les autres afin qu’ils reviennent vers la frontière où je les déposerai, à l’extrême Nord près de la mer. La tour est beaucoup plus au Sud vers le pays des orcs. Il nous faudra deux heures de vol à peu près. Toi, après avoir expliqué notre plan aux deux hommes, tu iras aussi vite que tu pourras prévenir le groupe, heureusement le charme n’agit pas sur les fées. Le temps qu’ils soient prévenus et qu’ils reviennent sur leurs pas, il faudra entre quatre et cinq heures. Nous attendrons avec les semi-elfes et assurerons leur protection.
- Bien, ton plan me parait tout à fait réalisable, je te rejoins ici dans une heure, choisi bien ton allié.
- Le choix sera facile, vaillant sera du voyage, il a toutes les qualités pour ce genre d’action, il n’a peur de rien et garde son sang froid dans toutes les circonstances, en plus il a un bon contact avec les elfes.
- Alors à plus tard, et merci à toi, gracieux, tu es un pégase valeureux, être ton amie me remplit d’une immense fierté.
- Merci, toi aussi ondine, tu me rends fier.
*****
Quel espoir pouvions-nous avoir après cela ? Deux alternatives s’offraient à nous : coopérer avec eux ou mourir. Guère réjouissant.
- Mirima, qu’en penses-tu ? Je veux dire, des raisons pour lesquelles nous partons en mission ? Qu’est ce que Gil Galdor et Celerathiel nous ont caché, et pourquoi ?
- Je vais te dire une chose, depuis longtemps je suis persuadé que nous ne savons pas tout.
- Mais pourquoi ? Je sais que nous sommes en partie humains, mais je pensais qu’ils nous faisaient qand-même confiance !
- Et si ce n’était pas une question de confiance mais de protection ?
- Protéger qui ?
- Nous. Et le monde par extension.
- Le monde…
- Réfléchis un peu Calion. Ils savaient que nous courrions le grand risque d’être pris par les Elfes noirs et torturés pour nous forcer à révéler le but de notre mission. Comment révéler ce que nous ne savons pas ?
- Effectivement, tu as certainement raison, comme toujours. Tu es perspicace, et moi, je suis naïf. Tu es prêt à mourir, Mirima ?
- Pourquoi dis-tu cela ?
- Parce que toi comme moi, nous n’allons pas offrir nos services à ces barbares et si nous ne le faisons pas, ils nous tueront. Et en plus, de toutes façons tout combat est inutile, tu l’as entendu ! Tous nos dirigeants ont été ensorcelés, ils vont se joindre à eux pour détruire les autres peuples elfes ! Il n’y a plus aucune chance.
- Calion, garde espoir, nous ne sommes pas encore morts. Et, sait-on ce qui se passe au dehors ? Tout n’est pas statique ! Si nous tenons encore, c’est du temps de gagné pour les autres, à aucun moment je n’ai dit qu’il y avait d’autres personnes que nous deux sur leurs terres, je n’ai pas menti car il me sondait, j’ai toujours dit « nous ». Pour moi, je parlais du groupe, pour lui et la reine ce « nous » ne concernait que toi et moi. J’ai eu très peur qu’il me pose la question à savoir s’il y en avait d’autres, mais il ne l’a pas fait. N’étant pas pourchassés, ils peuvent encore retrouver le magicien et lui aura sûrement une solution pour désenvoûter les dirigeants des hommes. Et puis, pour toi et moi, une aide peut encore venir. Je sais que cela parait impossible, mais il y a quelques mois de cela, croyais-tu vraiment possible de te faire convoquer par des elfes ? D’apprendre que tu as du sang d’elfe qui coule dans tes veines ? de faire d’une licorne ta confidente ? Malgré ton attrait pour les contes et les légendes, tu aurais eu beaucoup de mal à avaler ça n’est ce pas ? Et pourtant, tout est vrai. Alors, pourquoi ne pas attendre une aide providentielle ? Nos forces sont là, Calion, dans l’espoir.
- Oui, l’espoir…ou là là, d’avoir manqué d’oxygène tout à l’heure me donne des visions, je vois un point lumineux derrière toi.
Mirima se retourna et se trouva face à la plus inattendue des apparitions, une minuscule petite fée, mais tellement belle, elle scintillait à vous éblouir ! elle voleta autour de nous puis, en un clin d’œil, prit une taille normale, mais elle gardait son caractère irréel, ses ailes, si fines et translucides, le scintillement de sa peau, de longs cheveux blonds qui ondulaient entre les ailes, ce fut un moment magique, nous étions comme dans un rêve, un état d’extase, c’était fabuleux. Une petite voix enfantine nous fit revenir à la réalité.
- Hé ho, réveillez-vous ! je sais que me voir produit un choc, mais il faut que vous m’écoutiez, et que vous compreniez bien. Oh excusez-moi, je ne me suis pas présentée, je suis la fée Ondine, je connais votre situation, et je vais vous libérer. Pour cela, il va falloir que vous escaladiez cette ouverture et que vous sautiez sur le dos de Gracieux et Vaillant. D’accord... Elle nous avait annoncé cela tout de go, comme si c’était tout à fait normal !
- Gracieux et Vaillant ?
- Oui, oh, pardon ! ce sont des pégases, ils survolent la tour et attendent mon signal, êtes-vous prêts ?
En matière d’espoir, nous n’étions pas allé jusque là ! Une fée et des pégases maintenant ! Je craignais que les dragons des légendes ne fassent eux aussi leur apparition à un moment donné… et nous allions devoir proprement nous jeter dans le vide pour atterrir sur le dos de chevaux ailés… Entre la réalité et le rêve, je n’étais plus très sûr qu’il y ait une limite finalement. Mais oui, bien-sûr, nous étions prêts, tout était bon pour sortir des griffes de ces abominables personnages. La fée reprit :
- Je dois vous expliquer brièvement la suite, les pégases vont vous faire survoler la forêt et vous déposer tout à fait au nord des terres noires, juste à la frontière car un charme les empêche de voler au dessus de ces terres. Moi, je vais aller prévenir vos amis et les conduire jusqu’à vous. Gracieux et Vaillant attendront avec vous et vous protègeront. Je dois filer, je vous expliquerai le reste plus tard. Oh, concernant le vol, ne craignez rien, les pégases sont très stables et vous vous sentirez vite à l’aise, ne leur arrachez pas la crinière par pitié, ils n’aiment pas du tout cela ! Tenez-vous à leur cou, cela suffira. Si vous connaissez le langage par l’onde, vous pourrez discuter avec eux, ils sont très intelligents, mais aussi plutôt susceptibles, alors, évitez les mots comme animal, docile, monture… ça les irrite profondément. Le temps presse, allez-y.
Elle reprit sa petite taille, et sortit. Le flot ininterrompu de paroles qui étaient sortis d’un si petit être en si peu de temps était déconcertant ! L’un des pégases arriva et se plaça juste au dessous de l’ouverture, Mirima me fit passer le premier pour m’aider à atteindre l’ouverture, je suis plus petit et nettement moins agile que lui, je ne pris pas le temps de réfléchir et sauta sur le dos de « l’animal », je compris immédiatement pourquoi ce terme ne leur plaisait pas, il ne leur était pas approprié ! C’était des êtres tout simplement fabuleux, j’eus le même sentiment que lorsque je rencontra Re’em. Nous profitâmes du voyage pour en apprendre un peu plus sur ces êtres fabuleux. Ils nous apprirent qu’ils étaient des êtres libres, soumis à personne, mais il fut un temps de malheur où les elfes noirs les avaient capturés, ils les traitaient comme du bétail, sans aucune considération et même parfois avec violence. Ils avaient été délivrés par les fées, qui charmées par ces « chevaux du soleil » ne supportaient pas qu’ils soient captifs de qui que ce soit et de surcroît malmenés. Depuis lors pégases et fées vivaient en harmonie, chacun aidant l’autre si besoin est. Normalement, les pégases n’autorisaient personne à monter sur leur dos, sauf dans certains cas comme le notre. Les Drows étaient tellement en colère d’avoir perdu leurs esclaves ailés qu’ils lancèrent un charme sur leurs terres afin que les pégases ne puissent pas voler au-dessus. Ceux qui essayèrent tombèrent et furent achevés aussitôt. Voler à dos de pégase était grisant ! du moins les premières frayeurs passées. Ils surent très vite nous rendre confiants et il nous fut ainsi donné d’apprécier le voyage sans l’ombre de la peur. Nous avions cette impression étrange de ne faire qu’un avec eux, de voler de nos propres ailes. Ces heures de bonheur étaient plus que bienvenues après les angoisses et les souffrances que nous venions de vivre. Il nous fallut environ deux bonnes heures pour rejoindre le Nord, près de la mer. Ils nous déposèrent à l’orée de la forêt où nous attendîmes nos amis. Nous étions libres, c’est à ce moment là que je m’en rendis compte, plus à attendre qu’ils viennent nous chercher pour nous faire subir je ne sais quoi. Je m’étais habitué à cette idée d’être en sursis. Le soulagement que j’éprouvais à cet instant faisait tellement de bien ! Même si je savais très bien que le combat ne faisait que commencer, que d’autres obstacles tout aussi réjouissants se dresseraient sur notre route.
*****
- Si j’ai bien compris, vous avez pensé à quelque utilisation possible à ces deux humains, n’est-ce-pas ?
- Exactement, ma chère souveraine. Ils vont vite comprendre où est leur intérêt. Je suis d’ailleurs certain qu’ils nourrissent déjà quelques rancunes contre ces elfes qui devaient leur apparaître comme parfaits ! ah, ils vont bien vite les faire descendre de leur piédestal, laissez-moi encore un peu de temps avec eux et ils finiront par les haïr et réclamer vengeance ! et alors, c’est à ce moment là qu’ils seront à point pour nous être utiles.
- De quelle manière ?
- Vous allez les renvoyer chez les elfes gris, mais ils n’iront pas les mains vides. Nous avons quelques herbes en réserve qui ajoutées à leurs cultures leur apporteront de très…douloureuses surprises. Ils seront déjà nettement affaiblis lorsque nous envahirons leurs terres.
- En effet, l’idée n’est pas mauvaise…mais, il reste que nous ne savons toujours pas ce que manigancent effectivement les elfes. Ce n’est pas normal qu’ils n’aient pas réagi plus tôt à la mort de la licorne, et la venue des ces semi-elfes me déplait au plus haut point.
- Mais, ma souveraine, que peuvent bien faire cinq semi-elfes contre les sept armées des hommes, nos pouvoirs magiques et les milliers d’orques à nos ordres ? Ils sont déjà vaincus, croyez-moi, quoi qu’ils fassent. Cette fois-ci, nous vaincrons et nous leur ferons payer cher l’humiliation qu’ils nous ont fait subir. Ils vont connaître le goût de la rancune des elfes noirs.
- Je préfère penser à tout, si notre plan avec les hommes échoue, l’aide des orques sera insuffisante. N’oublions pas que les centaures nourrissent eux aussi une rancune contre nous depuis que ces imbéciles d’orques ont tenté d’envahir leurs terres en notre nom et ont ravagé la moitié de leurs forêts. Le peuple centaure leur apportera son aide, ils sont puissants et nombreux et ont toujours entretenu de bonnes relations avec les elfes sylvains.
- Que craignez-vous ?
- Ce que je crains ? Qu’ils tentent de traverser nos terres pour rejoindre la frontière. Ils pourraient tenter de gagner les dirigeants humains à leur cause.
- Impossible ! N’oubliez pas qu’ils sont liés maintenant à nous, leur esprit a été perverti par la sphère, ils ont en quelques sorte abandonné leur esprit à la sphère qui s’est chargée de le transformer à l’image de celui des elfes noirs. Maintenant, ils n’ont qu’un but, le nôtre et le leur sont liés : détruire tous les autres elfes. Je vous le dis, plus rien ne peut se mettre en travers de notre route… Et même si tous nos plans échouaient, avez-vous oublié ?
Et il prononça avec emphase et délectation :
- Khalath Daro !
Chap. 15 Passage par les mers
Tout en survolant les terres noires, Ondine avait compris que célérité devrait être le maître-mot de sa mission. Elle vola aussi vite que ses grandes ailes pouvaient le permettre, et c’était déjà pas mal ! En effet, de là-haut, elle avait pu voir que des délégations d’elfes noirs sillonnaient leurs terres, probablement à la recherche des deux fugitifs, et aussi, afin de repérer d’autres intrus qui tenteraient de traverser leurs terres. Elle repéra bien heureusement le groupe des trois elfes et trois semi-elfes qui avançait d’un bon pas, elle piqua droit sur eux et sans soucis de la surprise des trois qui ne connaissaient pas encore l’existence des fées, elle se planta devant le groupe, elle avait reprit sa grandeur initiale et les informa de la situation le plus succinctement possible et avec autant d’autorité dans la voix qu’elle le pouvait. Il était notaire que les fées avaient la réputation de faire de bien mauvaises farces et pour paraître convaincante elle dû y mettre toute la persuasion dont elle était capable. En fait, devant le sérieux inhabituel de la fée, les elfes n’eurent même pas l’idée de douter et prirent immédiatement la direction du nord, vers les mers, avec l’heureuse perspective de retrouver leurs deux compagnons.
Fael qui décidément passait d’une surprise à l’autre s’informa auprès de Melaldar.
- Comment se fait-il qu’ayant vécu deux mois avec vous, nous n’ayons pas eu vent de l’existence des fées ?
- Tout simplement, parce que nous n’y avons pas pensé, et comme elles sont très discrètes et craintives elles n’ont sûrement pas voulu se montrer à vous. Mais dans l’urgence, elles sont toujours là pour venir en aide et elles sont d’une efficacité redoutable ! Ainsi grâce à elle et à Gracieux et Vaillant, nos amis ont été certainement délivrés et nous attendent. Et j’ai comme l’idée que les fées et les pégases n’ont pas fini de jouer leur rôle dans cette histoire…
- Alors tant mieux, elles ne sont pas désagréables ! et j’ai hâte de voir un pégase.
- Tu ne le verras pas seulement, peut-être serons-nous amenés à voler sur leur dos.
- Quoi ! non non non, j’ai trop peur du vide, je veux bien faire beaucoup de choses mais voler à dos de pégases, ça jamais !
- Ne dis jamais cela mon ami. Thalion était intervenu dans leur discution. Tu ne sais rien de ce qui t’est réservé dans le futur, et tu ne connais rien de tes réactions face à ce qui te sera demandé de faire. La preuve est que toi, cartésien confirmé, tu te retrouves ici, à courir sur des terres inhospitalières, en compagnie d’elfes, d’une fée et d’une licorne… Dans l’urgence, nous sommes les premiers étonnés par nos propres capacités et par la facilité avec laquelle nous pouvons dépasser des limites que nous nous fixons finalement nous-même sans raison vraiment valable.
Fael digéra les paroles de Thalion, il avait raison, il ne se connaissait pas si bien que cela en fait. Seule l’action nous révèle.
Ils avancèrent à un rythme effréné, tout leur corps réclamait un peu de repos, une halte, un moment pour se désaltérer et récupérer les forces qui les avaient totalement abandonnés. Mais ils étaient loin d’accepter ce que voulait leur corps, ils avançaient avec cette énergie qui ne se trouve que dans les moments où tout semble perdu et pourtant, l’esprit s’accroche et donne des ressources insoupçonnées. Ils se savaient recherchés par des hordes d’elfes noirs, et que seule une courses rapide vers leur but, au nord, les arracheraient à leurs griffes. Alors ils n’avaient pas le choix. Ils courraient, jusqu’au bout, dussent-ils s’écrouler morts en arrivant. Et c’est ce qui arriva…non pas morts, mais ils s’écroulèrent en arrivant. Dans les bras de leurs amis, tout à la joie de les retrouver et d’être parvenus saufs jusque là.
- Maintenant Fée Ondine, nous devons vous remercier d’être venue à notre secours, Sairon s’était approché et un genou à terre avait tenu à montrer sa reconnaissance. Mirima et moi-même nous inclinâmes devant les pégases afin de les remercier eux aussi. Melaldar reprit aussitôt :
- Toutefois, nous ne comprenons pas pourquoi nous avons dû rebrousser chemin, vous avez constaté que nous étions à mi-parcours et qu’aucun obstacle n’entravait notre route. Alors, pourquoi sommes-nous ici ?
- Pour plusieurs raison cher ami des fées. La première était simplement afin que vous puissiez retrouver vos amis, il est bon, je suppose que le groupe entier soit reformé. Or les pégases ne peuvent pas survoler les terres noires, nous ne pouvions donc pas ramener vos amis jusqu’à vous. La deuxième raison est la suivante : Plusieurs hordes d’elfes noirs sillonnent leurs terres afin de rechercher les éventuels autres humains ou elfes qui tenteraient de joindre la frontière. Cette recherche s’intensifiera d’un instant à l’autre, dès qu’ils s’apercevront que Calion et Mirima se sont échappés, ils vont aussi les chercher, et donc, seront d’autant plus nombreux à ratisser des terres qu’ils connaissent mieux que vous.
- Effectivement reprit Melaldar, nous ne serions pas allés bien loin dans ces conditions. Ondine, tu as tout notre respect, une fois de plus, les fées nous prouvent leur efficacité.
- As-tu une idée pour nous faire parvenir jusqu’à la frontière ?
La belle fée exultait ! Aider des elfes était une joie incommensurable pour elle, et surtout elle en était fière, venir en aide à un peuple si doué, intelligent, habile bref, parfait, était preuve qu’elle aussi avait des capacités. Le peuple des elfes serait reconnaissant au peuple des fées ! et cela grâce à elle.
- J’ai eu une idée, qui me parait être la seule possible d’ailleurs. La mer.
- Comment cela la mer ? Thoron ne semblait pas rassuré face à cette idée.
- Tout un peuple vit au fond de la mer, vous le savez n’est-ce-pas ?
- Bien entendu, nous avons fait connaissance avec des elfes aquatiques.
- Ce peuple vous a dit qu’il vous aiderait dans la mesure de ses possibilités. Et bien le moment est venu et croyez-moi, ils sont honorés de le faire. Je me suis entretenue avec eux juste avant de venir libérer Mirima et Calion. Je leur ai expliqué votre situation. Vous allez pouvoir rejoindre la frontière en nageant sous l’eau grâce à une algue qui vous permettra de rester dans les profondeurs de la mer autant de temps que vous le voudrez. Ce sont des algues très rares difficiles à trouver, mais il m’est avis qu’ils vous en ont mis de côté suffisamment pour trois jours, le temps nécessaire pour la traversée. Ils vous attendent.
- Alors allons-y, décida Melaldar, toujours heureux de rencontrer d’autres peuples, le peuple de la mer nous attend ! Par contre, Ré’hem, tu ne pourras nous accompagner, tu ne peux ni passer par les terres noires seule, ni par les mers. Tu devras attendre notre retour.
Ré’hem s’approcha de moi, et plaqua sa tête contre mon torse. « Au revoir mon doux Calion, j’ai le cœur déchiré, mais, aussi loin que nous soyons l’un de l’autre, nous restons ensemble par l’esprit, nous pourrons nous parler, et je pourrai te rassurer et calmer tes tourments. Je serai là, dans ton cœur et ton esprit.
- jamais séparés ?
- Jamais !
- Alors, à bientôt ma douce licorne.
Nous devions partir très vite et le temps des au-revoir fut court. C’était mieux ainsi d’ailleurs. J’avais le cœur tellement serrés que plus un mot ne pouvait sortir.
- En fait du peuple des mers, de quoi se compose-t-il ? S’enquit Thoron pour qui manifestement l’eau n’allait pas être un ennemi facile à dompter.
Aussitôt Melaldar s’empressa de lui faire une présentation aussi fidèle que possible de ce peuple qu’il voyait trop peu à son goût.
- Et bien, il y a les elfes, eux tu les connais, les sirènes qui sont beaucoup moins « gentils » que dans vos légendes… En fait, ils sont très méfiants vis-à-vis de tout ce qui ne fait pas partie de leur environnement immédiat, et ont un instinct de survie très développé. Il faut donc redoubler de prudence lorsque tu passes par leurs domaines. Il y a aussi les dauphins et les hippocampes qui sont des amis fidèles sur qui on peut compter. Les dauphins pour leur intelligence et les hippocampes sont ravis de servir de montures lorsque le besoin est là. Bien-sûr, comme nous n’abusons pas la bonté des pégases, les elfes des mers n’abusent pas de la docilité des hippocampes. Nous respectons chaque forme de vie et ne profitons jamais pour notre propre intérêt de qui ou quoi que ce soit. Pour ta tranquillité Thoron, là, Melaldar avait une malice dans l’œil qui en disait long sur son amusement, savoir ou non nager importe peu, même pas du tout, avec cette algue, tu seras à l’aise sous l’eau, comme à l’air libre. Tu peux couler à pic si tu le veux, aucun risque.
Il sembla ne pas remarquer le regard noir de Thoron qui toutefois se sentit soulagé au plus haut point. Non seulement il ne savait pas nager mais l’eau le terrorisait. Peut-être allait-il pouvoir maîtriser sa phobie avant que tous ne le constatent. Il savait bien en lui-même qu’il aurait été autrement plus intelligent d’en parler à tout le monde, Melaldar lui avait tendu la perche, il s’en rendait bien compte, mais il n’était pas entièrement elfe et son côté secret remontait à la surface…
- C’est loin ? demanda-t-il afin de briser ce lourd silence.
- Oh, certainement pas assez pour que tu te détendes. Je reste persuadé qu’une fois ingérée, cette algue accomplira des miracles, tant physiques que psychiques.
- Si tu le dis.
Effectivement, ils avaient rejoint les rives de la mer en peu de temps. La fée se plaça devant l’étendue d’eau et attendit, les yeux fermés, apparemment très concentrée. Presque instantanément un elfe turquoise en sortit.
- Vous avez fait vite, c’est bien. Merci chère Ondine, d’avoir pensé à nous pour aider mes frères.
- Vous savez très bien que vous êtes toujours dans mes pensées. Ondine semblait vraiment apprécier la présence du bel elfe. Je me demande toujours pourquoi ce sont des ailes qui me sont poussées sur le dos. C’est une nageoire que j’aurais dû avoir ! Elle se tourna vers nous, que j’aimerais vous accompagner au fond des eaux ! Gracieux ne semblait pas de cet avis et la poussa avec sa tête, juste assez pour qu’elle se retrouve les fesses dans l’eau ! Hé ! ça va pas non ! Oh ! Gracieux, que tu es susceptible ! Bien-sûr que je suis heureuse d’être une fée, ne serait-ce que pour avoir le plaisir de te connaître. Et je ne dis pas cela sous la contrainte, c’est vrai, je t’aime de tout mon cœur.
Et bien, les pégases étaient vraiment susceptibles !
L’elfe se tourna vers la mer et la seconde d’après, deux autres elfes sortirent avec dans les mains ce qui devait très certainement être les algues en question. Comme des algues, c’était vert, visqueux et absolument pas ragoûtant ! Ce que nous dit l’elfe confirma mon pressentiment.
- Voici les algues. Alarca et Undume sont allés les chercher dans les profondeurs de la mer, ils l’ont fait au péril de leur vie car il leur a fallu pour cela traverser certaines zones inhospitalières habitées par des êtres effrayants. Mais ils l’ont fait pour contribuer à sauver la terre des elfes. Je vous dis cela non pour nous vanter de quoi que ce soit, mais pour vous montrer que nous sommes prêts à payer de nos vies le prix pour la sauvegarde de Dornowe, Dorcalima et Doraldar. Maintenant, le temps presse, prenez ces algues et avalez les puis rejoignez-nous.
Ondine nous adressa un signe et nous souhaita bonne chance avec cette petite pointe de regret que l’aventure se termine ici pour elle.
- Chère Ondine, Mel aldar la regarda avec douceur, notre peuple saura prouver sa reconnaissance, quoi qu’il advienne, vous avez accompli votre mission avec beaucoup de sagesse. Toutefois, nous serons peut-être amenés à demander votre aide une fois encore.
-Ce sera avec plaisir.
Thalion prit la parole, pragmatique il s’inquiétait de ce qui adviendrait après.
- Une fois passée la frontière, comment ferons-nous ? La terre des hommes est très vaste et beaucoup de contrés sont difficiles, voire impossible à traverser, il y a des déserts, des chaînes de montagnes infranchissables, des forêts dangereuses peuplées d’animaux face auxquels nous ne ferons pas le poids.
Ré’hem m’informa alors que les pégases avaient répondu présents à l’appel à l’aide. Je lui répondis alors
- Ré’hem vient de me dire que Gracieux et Vaillant sont prêts à nous aider, à nous servir de monture, ils peuvent voler très haut et ont la particularité de transformer leur couleur afin de se fondre dans le ciel, au fur et à mesure que les pégases informaient Ré’hem de leur plan, elle m’en faisait la description et moi je l’expliquais. En effet, les pégases étaient nettement plus à l’aise à communiquer avec une licorne qu’avec des elfes ou des hommes. Ils disent qu’ils vont retourner chercher d’autres pégases et qu’ils nous rejoindront à la frontière. Ils survoleront les mers. Pour nous, nous devons partir au plus vite car nos ennemis sont sur nos pas. Ils arrivent. Nous ne pouvons pas nous permettre de les attendre pour qu’ils nous fassent traverser, et en plus, ils devront aller à une vitesse que nous ne pourrions supporter.
- Bien, reprit Thalion, remercie de tout cœur pour leur offre, et c’est avec reconnaissance que nous acceptons.
Fael avala de travers, mais, intimidé par l’imposant Thalion, il n’osa exprimer ses doutes quant à voler à dos de pégase… Il verrait bien le moment venu, et Thalion avait très certainement raison…nous ne connaissons rien de nos capacités…
- Allons-y, Mel aldar fut le premier à avaler les algues.
Bien que n’ayant pas mangé depuis bien trop longtemps d’après nos estomacs, ce petit repas improvisé fut difficile à faire passer. Mais, il fallait le faire et les algues furent englouties et opérationnelles immédiatement car l’eau changea d’aspect au moment même où je finissais d’avaler péniblement. La surface devint beaucoup plus limpide, transparente et surtout, attirante. J’entrai dans l’eau comme on entrerait dans un pays promis, avec délectation et soulagement. Le contact ne fut pas froid comme j’en avais l’
Nous communiquions pas la pensée très facilement, il fut même très difficile de faire le tris dans tout ce que nous entendions dans nos esprits, chaque être vivant au fond de l’eau communiquait avec nous, c’était comme lorsque nous cherchions à nous connecter avec les habitants de la forêt, mais en beaucoup plus puissant, un ensemble de voix éclata dans nos têtes, même des chants, il fallait sélectionner ce que nous voulions écouter pour ne pas avoir la tête qui nous tourne ! Des instants magiques !
Notre vue aussi était différente. Nous pouvions voir dans les moindre détails et ce fut là encore, une explosion, de formes, de couleurs vives et absolument magnifiques. Les poissons, les végétaux dont regorgeaient les fonds marins nous offraient un spectacle étourdissant. Si bien qu’il était difficile d’aller vite tant notre désir de nous délecter de ce paysage aquatique était tentant. Mais nous étions là dans un but précis : rallier la frontière le plus rapidement possible. Alors il fallait accélérer et ne pas s’attarder. Thoron quant à lui fut très étonné de qu’il ressentit une fois l’algue ingérée, son attirance incontrôlable pour l’élément qu’il redoutait le plus auparavant fut une surprise stupéfiante et bienvenue car de toute façon, il n’aurait pas eu le choix…
Cependant, Hyalma nous avertit que cette algue n’était pas sans effets secondaires, et qu’il y avait un prix à payer au service rendu. Ce prix était une fatigue à la mesure du temps passé sous l’eau, or trois jours et deux nuits, c’était beaucoup. La fatigue serait donc difficile à surmonter, mais nos capacités dues à notre composition elfique nous permettraient, normalement, de traverser la frontière et d’accéder à la demeure du magicien. Car en fait de traversée, nous ne le savions pas encore, mais elle ne serait pas si facile et requerrait toute l’énergie qui nous resterait.
Nous ne fîmes que peu de pauses durant notre périple aquatique, mais elle furent agréables et bienfaisantes, mis à part les repas, uniquement composés d’algues toutes plus ou moins amères et visqueuses, mais d’une qualité nutritionnelle inégalable. Il en fallait très peu (et heureusement !) pour suffire à nous nourrir pour plusieurs heures. Afin de ne pas nous épuiser, nous avions régulièrement l’aide d’hippocampes qui nous offraient leur dos pendant quelques heures. Les dauphins se chargèrent de nous montrer le chemin le plus court et le moins risqué, ils repéraient à l’avance les dangers et adaptaient alors l’itinéraire pour les éviter. Thalion profita de ce moment pour connaître un peu mieux le peuple des elfes aquatiques, nous n’en avions que peu parlés lors de notre séjour chez les elfes gris. Hyalma se fit un plaisir de décrire la vie quotidienne de ses congénères.
- Nous n’avons que peu de relations avec les autres elfes, hormis commerciales, et ne nous lions pas avec les autres peuples de la mer sinon pour nous aider mutuellement avec le peuple des sirènes. Les arts et la magie sont plutôt du domaine des femmes, nous les hommes sommes soit des guerriers soit des rôdeurs car notre environnement est rempli de dangers, de monstres marins qui attaquent par pur plaisir sanguinaire.
Nous filions à belle allure lorsque Hyalma nous arrêta net.
- Vigilence et discrétion sont de mises dès à présent. Nous traversons le territoire des sirènes et nous ne sommes pas les bienvenus. En temps normal nous devons être prudents même si ils nous connaissent. Aujourd’hui que nous sommes accompagnés d’étrangers, le passage sera très délicat. Méfiez-vous, ils peuvent être très prompts à la violence et attaquer sans préambule s’ils se sentent menacés. Il serait préférable d’attendre qu’un garde vienne, mais cela peut être long, en temps normal personne ne s’aventure ici, et nous n’avons pas le temps. Je suggère que nous avancions doucement et de nous arrêter et demander à leur parler dès que quelqu’un paraîtra